
Le secourisme est bien plus qu’une simple assistance ; c’est un ensemble de gestes pratiques et simples qui constituent le rempart ultime contre la mort immédiate.
Dans un environnement où les risques sont multiples qu’ils soient domestiques, technologiques ou liés à des traumatismes sportifs savoir réagir face à une urgence vitale est une preuve de civisme et un gage d’efficacité.
Ces interventions visent non seulement à stabiliser la victime pour la rendre transportable vers un centre hospitalier, mais aussi à réduire les conséquences immédiates et tardives des blessures subies. Pour être efficace, chaque action doit s’inscrire dans un cadre structuré : le protocole PAS.
Le Protocole PAS : L’Architecture de l’Intervention
Face à un accident, l’approche globale repose sur trois piliers fondamentaux qui garantissent la sécurité et l’efficacité des soins.
Protéger (P)
Avant d’agir, il est impératif de garder son calme. La protection vise à éviter le « suraccident » en écartant ou en supprimant le danger environnant. Le sauveteur ne doit jamais surestimer ses capacités.
Si la victime est en danger immédiat et inévitable, un dégagement d’urgence doit être effectué avec précautions, comme la traction par les chevilles ou la saisie par les poignets pour l’entraîner hors de la zone dangereuse dans l’axe du corps.
Alerter (A)
L’alerte est le maillon essentiel qui active la chaîne de secours professionnels. Au Maroc, les numéros d’urgence incluent la Police (190), les Pompiers/Ambulances (150) et la Gendarmerie Royale (177).
Un appel efficace doit être précis : identité de l’appelant, lieu exact, type d’accident, nombre et état des victimes, et soins déjà prodigués.
Secourir (S)
En attendant l’arrivée des secours, le sauveteur doit surveiller la victime, la couvrir, lui parler pour la réconforter si elle est consciente, ou la stimuler si elle est inconsciente. Une règle d’or à respecter absolument : ne jamais donner à boire, à manger ou à fumer à la victime.
Évaluation et Position Latérale de Sécurité (PLS)
L’inconscience est une urgence vitale car elle expose la victime à un risque d’étouffement. Les causes peuvent être traumatiques, médicales ou toxiques.
L’examen de la victime
Avant de décider du geste à adopter, il faut évaluer quatre points clés : la conscience, la respiration, la présence du pouls et l’existence d’un saignement important. Si la victime ne répond pas mais respire, elle doit être placée en PLS.
La technique de la PLS
La Position Latérale de Sécurité permet de maintenir les voies aériennes libres. La procédure consiste à :
- Allonger le bras du côté du retournement au-delà de la perpendiculaire du corps.
- Saisir l’épaule opposée et placer l’avant-bras de la victime sur le vôtre.
- Saisir la hanche et faire pivoter le corps en bloc sans torsion.
- Stabiliser le corps en fléchissant la jambe du dessus.
- Basculer doucement la tête en arrière pour libérer les voies respiratoires et ouvrir la bouche.
L’Arrêt Ventilatoire et Cardiaque : La Lutte contre le Temps
Lorsque la respiration s’arrête ou que le cœur cesse de battre, les organes vitaux, notamment le cerveau, cessent d’être irrigués.
La Ventilation Artificielle
Devant une victime qui ne respire plus, il faut d’abord assurer la liberté des voies aériennes (LVA) en basculant la tête en arrière.
- Le Bouche-à-bouche : Maintenir le menton vers le haut, pincer le nez et insuffler progressivement l’air (12 à 15 fois par minute chez l’adulte) en vérifiant que la cage thoracique s’élève.
- Cas Spécifiques : Chez le nourrisson, on pratique le bouche-à-bouche et nez simultanément avec une fréquence plus élevée (25 à 30 fois par minute).
Le Massage Cardiaque Externe (MCE)
Si le pouls carotidien est absent, il s’agit d’un arrêt cardiaque. Le sauveteur doit alors coupler le massage cardiaque à la ventilation artificielle selon un rythme strict de 30 compressions pour 2 insufflations.
L’Obstruction des Voies Aériennes : La Manœuvre de Heimlich
L’étouffement survient lorsqu’un corps étranger empêche le passage de l’air vers les poumons.
Les gestes de désobstruction
- Claques dans le dos : Effectuer 5 claques sèches entre les omoplates.
- Méthode de Heimlich (victime consciente) : Se placer derrière la victime, mettre un poing au creux de l’estomac et exercer une pression sèche vers soi et vers le haut.
- Victime inconsciente : Le sauveteur se met à califourchon sur les cuisses de la victime et appuie sur le creux de l’estomac en direction de la tête. Pour les nourrissons, on réalise 5 claques dans le dos en les tenant sur l’avant-bras.
Les Hémorragies : Contrôler la Perte de Sang
Une hémorragie est une rupture de vaisseau sanguin. La perte d’un litre de sang sur les cinq que possède un adulte suffit à mettre sa vie en danger.
Types d’hémorragies
L’hémorragie artérielle est la plus dangereuse car le sang, rouge vermeil, gicle par saccades sous la pression du cœur. L’hémorragie veineuse s’écoule en nappe, tandis que la capillaire est un saignement de faible intensité.
Traitement et points de compression
La victime doit être allongée tête basse et jambes surélevées pour favoriser l’irrigation du cerveau.
- Compression directe : Appuyer sur la plaie avec un linge propre (jamais de coton).
- Points de pression : Si la compression directe est impossible, on utilise des points spécifiques selon la zone : pli de l’aine pour la cuisse, face interne du bras pour le coude, ou l’aisselle pour le bras.
Traumatismes Musculaires et Osseux en Milieu Sportif
Les lésions lors de l’effort nécessitent également des soins immédiats pour éviter des dommages permanents.
Lésions musculaires
- Crampes : Stretching doux et réhydratation.
- Claquage : Repos sportif (4-6 semaines) et application de froid.
- Déchirure complète : Transfert immédiat à l’hôpital.
Lésions osseuses et articulaires
- Entorses et Luxations : Application de froid et stabilisation. Il ne faut jamais tenter de remettre une luxation en place sur le terrain.
- Fractures : Stabilisation immédiate et transfert hospitalier.
Conclusion
Les urgences vitales ne laissent aucune place à l’hésitation. La maîtrise du protocole PAS et des gestes élémentaires de survie comme la PLS, le massage cardiaque ou le contrôle des hémorragies permet de transformer un témoin passif en un acteur salvateur.
Se former au secourisme est un investissement précieux pour soi-même et pour la communauté.
FAQ Sur les gestes de premiers secours
Pourquoi ne faut-il pas donner à boire à une victime ?
Donner à boire peut provoquer un étouffement si la victime perd connaissance ou compliquer une anesthésie si une opération chirurgicale urgente est nécessaire à l’hôpital.
Comment reconnaître un arrêt cardiaque ?
Un arrêt cardiaque se manifeste par une inconscience totale, une absence de respiration (ou des gasps) et l’absence de pouls carotidien au niveau du cou.
Que faire en cas de saignement du nez ?
Contrairement aux idées reçues, il faut s’asseoir, pencher la tête en avant et pincer les narines pendant quelques minutes, tout en évitant d’avaler le sang.
Quelle est la différence entre une entorse et une luxation selon les soins ?
Bien que les deux nécessitent du froid et de la stabilisation, une luxation implique une discontinuité articulaire qui ne doit jamais être manipulée pour être remise en place sur le terrain ; seule une radio et une intervention médicale à l’hôpital sont appropriées.
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