Pédagogie des Sports

Didactique et Pédagogie des Courses en Athlétisme

Introduction : L’Athlétisme en EPS

L’athlétisme occupe une place centrale dans les programmes d’Éducation Physique et Sportive. Selon la définition adoptée en STAPS, il s’agit d’une activité de performance motrice chiffrée et codifiée, exigeant un effort à dominante énergétique dans un milieu déterminé, avec ou sans matériel.

Dans le cadre scolaire, la définition s’élargit : il s’agit de produire, entretenir, restituer et utiliser de façon optimale une énergie pour la transmettre au corps ou à un engin, afin de courir le plus vite ou le plus longtemps possible, sauter le plus haut ou le plus loin, et lancer le plus loin dans un espace normé où les performances se réalisent, se mesurent et se comparent.

L‘athlétisme permet de construire des habiletés motrices, de développer des ressources bio-énergétiques, bio-mécaniques et bio-informationnelles, et de réaliser des performances en courses, sauts et lancers.

Ces finalités se concrétisent par la création et la conservation de la vitesse et de l’énergie (filières énergétiques, gestion d’allure), la création de tensions musculaires (force, explosivité), et l’organisation d’un placement corporel efficace (coordination, équilibre).

Sur le plan pédagogique, les transformations attendues chez l’élève sont doubles : passer d’une activité physique spontanée et d’une motricité désordonnée à la construction d’un projet athlétique personnel, ancré dans une motricité équilibrée et coordonnée.

Taxonomie des Courses Athlétiques

Les épreuves de courses en athlétisme se structurent en cinq grandes catégories, chacune répondant à une logique interne et à des exigences physiologiques spécifiques.

1. Le Sprint

Disputé sur 100 m, 200 m et 400 m, le sprint est caractérisé par un effort explosif mobilisant la force et la vitesse maximales. Le départ s’effectue en position accroupie sur des starting-blocks, selon trois commandements réglementaires. L’athlète doit respecter son couloir et produire la meilleure performance possible sur une course en ligne droite ou en virage.

2. Les Haies

Pratiquées sur 100 m, 200 m et 400 m, les courses de haies exigent les mêmes qualités explosives que le sprint, auxquelles s’ajoute la capacité à franchir des obstacles réglementaires tout en maintenant l’équilibre et la vitesse de course. Le respect du couloir est impératif.

3. Le Relais

Épreuve collective disputée sur 4×100 m, 4×200 m et 4×400 m, le relais engage quatre coureurs par équipe. La transmission du témoin entre relayeur et relayé doit s’effectuer dans une zone réglementaire de 20 mètres, et le respect des couloirs est obligatoire (sauf conventions spécifiques à certains formats).

4. Le Demi-Fond

Couvrant les distances 800 m, 1 500 m et 3 000 m steeple, le demi-fond sollicite un effort d’endurance infra-maximal. L’athlète doit gérer son allure, économiser son énergie et résister à la fatigue, tout en maintenant l’efficacité de son intensité sur la durée.

Note de correction : Le document source mentionne « 3000 Steples » — la graphie correcte est Steeple ou Steeplechase (3 000 m steeple).

5. Le Fond

Du 5 000 m au marathon (42 km), en passant par le semi-marathon (21 km), le fond repose sur une gestion optimale des ressources aérobies. La régularité d’allure, la résistance à la fatigue et l’efficience gestuelle sont les déterminants majeurs de la performance.

Physiologie Énergétique des Courses

Chaque distance de course sollicite une filière énergétique dominante. La compréhension de ces mécanismes est indispensable pour adapter les contenus d’enseignement et les charges de travail.

DistanceFilière énergétique dominante
100 mPuissance anaérobie alactique
200 mCapacité anaérobie alactique
400 mPuissance anaérobie lactique
800 mCapacité anaérobie lactique
1 500 mCapacité anaérobie lactique + Puissance Maximale Aérobie (PMA) de qualité
3 000 mCapacité anaérobie lactique + PMA de qualité
5 000 m – 10 000 m+Capacité aérobie + PMA de qualité

Note de correction : Le document source présente une confusion terminologique : les 100 m et 200 m relèvent bien de la filière alactique (sans production de lactate), tandis que le 400 m et le 800 m sollicitent la filière lactique. Certaines appellations dans le document original étaient inexactes à ce niveau.

Analyse Technique des Courses

A. Les Phases de la Course de Vitesse

La course de vitesse s’articule autour de trois phases techniques successives et interdépendantes.

Le départ et la mise en action : l’athlète adopte une position accroupie sur les starting-blocks en respectant les trois commandements réglementaires. L’objectif est de créer un déséquilibre vers l’avant pour vaincre l’inertie.

Après le signal sonore, la réactivité est primordiale : le redressement doit être progressif, en orientant les forces de poussée vers l’avant dans le respect des principes biomécaniques, afin d’exprimer au mieux la faculté d’accélération.

La création de vitesse : l’athlète cherche à amplifier sa foulée et à atteindre une vitesse maximale entre 30 et 50 mètres, en réduisant au minimum le temps de contact au sol.

Une attitude de course efficace — équilibre, utilisation des segments libres pour la propulsion, synchronisation bras-jambes — est déterminante pour atteindre et maintenir un registre de fréquence gestuelle approprié.

La conservation et le maintien de la vitesse : il s’agit de gérer le rapport amplitude-fréquence pour maintenir une cadence élevée, de conserver la souplesse musculaire dans la partie supérieure du corps, et surtout d’éviter la décélération en maintenant la vitesse maximale jusqu’à la ligne d’arrivée.

« Franchir n’est pas du tout sauter — l’athlète cherche à raser la haie, son centre de gravité devant passer au plus près de l’obstacle. »Principe fondamental du franchissement en course de haies

B. Les Phases de la Course en Durée

La course d’endurance comporte également trois phases caractéristiques. Le départ s’effectue en position debout, avec un placement des bras propice à la synchronisation bras-jambes ; après le signal, l’athlète crée une vitesse optimale et court en peloton.

Lors de la course proprement dite, l’enjeu central est la gestion de l’allure : adopter une attitude énergétique économique, augmenter la durée des phases d’appui et de suspension pour favoriser la récupération, et utiliser rationnellement ses ressources bio-énergétiques dans une course régulière.

Dans les derniers mètres, le coureur prépare l’augmentation de son rythme en gérant le rapport amplitude-fréquence, sollicitant progressivement sa Puissance Maximale Aérobie (PMA) pour terminer à l’allure optimale.

C. Analyse de la Course de Haies

Le départ en haies obéit aux mêmes principes techniques que le sprint. Entre la ligne de départ et la première haie, l’athlète construit sa vitesse maximale en choisissant un appui favorable pour aborder le franchissement.

Le franchissement se décompose en trois phases — impulsion, franchissement, réception — et mobilise quatre références podales distinctes : le pied d’appel, le pied d’attaque, le pied d’esquive et le pied de reprise (ou de réception).

Entre les haies, le coureur s’attache à conserver un rythme régulier, à synchroniser les bras, à attaquer l’obstacle de loin et dans l’axe, et à préparer chaque foulée de course avec un appui de reprise réactif.

Traitement Didactique des Courses

A. Course de Fond — Logique Interne et Enjeux

La course de fond est une épreuve individuelle au départ debout en deux commandements, disputée en peloton. Sa logique interne repose sur la capacité à courir le plus longtemps possible sur une distance déterminée en visant la régularité et l’optimisation du rythme. C’est une course aérobie qui nécessite impérativement l’oxygène.

Les problèmes fondamentaux que doit résoudre l’élève sont la gestion optimale des ressources bio-énergétiques avec maintien de la régularité du rythme, et la résistance à la fatigue.

Les règles d’action s’articulent autour de l’organisation et de la synchronisation des segments, d’une respiration méthodique adaptée à l’attitude de course, et de la régulation de l’intensité selon la Vitesse Maximale Aérobie (VMA).

NiveauCaractéristiques observables
Niveau 1Course explosive, mauvaise gestion d’allure, arrêts fréquents, course non relâchée
Niveau 2Course continue mais avec des rythmes variés, respiration forcée
Niveau 3Course lente et continue, un seul rythme maintenu tout au long de l’effort
Niveau 4Bonne attitude de course, gestion optimale des ressources, stratégie de rythme

B. Course de Vitesse — Logique Interne et Enjeux

Épreuve individuelle en couloir avec départ assis en trois commandements, la course de vitesse vise à parcourir une distance déterminée en un minimum de temps à vitesse maximale.

Les problèmes fondamentaux incluent la réactivité au signal, un départ explosif avec redressement progressif, et la synchronisation des bras pour gérer le rapport amplitude-fréquence.

NiveauCaractéristiques observables
Niveau 1Mauvaise position de départ, réaction retardée, redressement brusque, pas de synchronisation, course désaxée
Niveau 2Position correcte mais réaction en retard, appuis non réactifs, course parfois désaxée
Niveau 3Position correcte et réaction à temps, redressement progressif mais non explosif, course axée avec synchronisation des bras
Niveau 4Départ explosif et réglementaire, bonne gestion amplitude-fréquence, course dans l’axe avec synchronisation bras-jambes

Élaborer un Cycle d’Enseignement en EPS

Un cycle d’enseignement désigne l’ensemble des séances d’une activité physique et sportive, organisé en parties et en séquences déterminées par le module, à partir du programme national d’enseignement.

Sa construction repose sur une démarche didactique rigoureuse en sept étapes : observation, recueil et analyse des données, modélisation des niveaux, interprétation des résultats, définition des compétences et objectifs, conception des situations d’apprentissage, et enfin évaluation sommative.

L’Observation et la Grille d’Observation

Observer, c’est centrer son attention sur tout ou une partie d’une situation afin d’en tirer des informations utiles. Cette démarche doit être objective et s’appuie sur des grilles d’observation — instruments didactico-pédagogiques permettant de recueillir des données pertinentes qualitatives ou quantitatives selon des critères fiables.

La situation didactique de référence constitue le dispositif de base pour l’observation et l’évaluation en EPS.

L’Évaluation en EPS

Évaluer, c’est émettre un jugement de valeur. Selon B. Maccario (1982), l’évaluation pédagogique consiste à émettre un jugement de valeur à partir d’un recueil d’informations sur l’évolution ou le résultat d’un élève, en vue de prendre une décision.

Elle implique une description qualitative ou quantitative des comportements observés et la formulation d’un jugement de valeur visant à mesurer le degré d’atteinte des objectifs éducatifs.

Les finalités de l’évaluation sont multiples : déterminer le niveau et les besoins des élèves (évaluation initiale), contrôler les progrès et réguler les apprentissages, vérifier l’atteinte des objectifs, et indiquer les résultats obtenus en fin d’apprentissage.

Les Trois Formes de l’Évaluation

L’évaluation diagnostique est une évaluation de départ. À travers des tests d’observation en situations éducatives précises, elle vise à analyser les capacités, les possibilités et le niveau de pratique des élèves.

Les données recueillies et analysées servent de base à la modélisation des niveaux et à l’élaboration du cycle d’apprentissage.

L’évaluation formative est conduite pendant le cycle pour vérifier si l’apprenant progresse normalement ou s’il est nécessaire de modifier les situations d’apprentissage et d’ajuster les moyens d’action. Elle est présente tout au long du cycle et s’effectue généralement entre les séquences.

L’évaluation sommative clôt le cycle d’apprentissage. Elle permet de vérifier si les objectifs établis ont été atteints, à l’aide d’une grille de notation élaborée selon les objectifs pédagogiques opérationnels (OP).

La Situation d’Apprentissage et la Structure de la Tâche

Selon L. Villepontoux, la situation d’apprentissage est « l’ensemble des données, des matériaux, des éléments, des outils conceptuels et physiques, rassemblés et ordonnés par un formateur, en vue de placer les apprenants dans les conditions optimales pour envisager, poursuivre et réussir un apprentissage ».

La tâche, quant à elle, représente l’action concrète que l’élève doit réaliser, définie par des exigences précises et permettant la mobilisation des ressources.

Il convient de distinguer la tâche de la situation-problème : dans cette dernière, l’objectif principal de formation réside dans l’obstacle à franchir et le problème à résoudre, non dans la tâche à réaliser en elle-même.

Toute tâche se structure autour de six composantes : le but (ce qu’il faut atteindre), les conditions de réalisation (dispositif matériel, espace, effectif), les consignes (directives à l’élève), les critères de réalisation (descripteurs de l’action motrice), les critères de réussite (indicateurs de l’atteinte de l’objectif), et les variables de régulation (paramètres permettant de simplifier ou complexifier la tâche pour maintenir l’élève dans sa zone proximale de développement).

Structure de la Fiche de Séance

La fiche de séance s’organise autour d’une hiérarchie d’objectifs :

l’OTC (Objectif Terminal de Cycle) définit la maîtrise globale visée (ex. : organiser son corps et gérer l’effort pour réduire le temps ou élargir l’espace) ;

l’OTC spécifique précise la compétence attendue à l’issue du cycle (ex. : courir le plus vite possible sur 80 m en mobilisant un certain niveau d’habileté) ;

l’objectif de séquence cible un aspect particulier (ex. : courir dans l’axe et conserver la vitesse) ; enfin

l’objectif de séance, formulé à partir d’un verbe d’action avec conditions et critères, oriente l’unité d’apprentissage (ex. : « Maintenir une vitesse maximale sur 50 m jusqu’à la ligne d’arrivée en gérant le rapport amplitude-fréquence et en restant dans l’axe »).

La leçon d’EPS se découpe en trois parties. La partie introductive (10–15 min) assure l’éveil physiologique et mental : échauffement général (footing, mouvements d’ensemble, étirements dynamiques) puis spécifique (jeux réduits, intégration de l’activité).

La partie fondamentale (35–40 min) accueille les situations d’apprentissage, chacune documentée par ses conditions, critères, schématisation et consignes, avec en clôture la situation didactique de référence.

La partie finale (5–10 min) assure le retour au calme (étirements statiques, relâchement) et permet le recueil du feedback des élèves.

Conclusion

Ce module de didactique et de pédagogie des courses offre un cadre conceptuel et opérationnel complet pour tout enseignant d’EPS souhaitant structurer un enseignement rigoureux de l‘athlétisme.

De la compréhension des filières énergétiques à la conception d’une fiche de séance, en passant par l’observation diagnostique et la modélisation des niveaux, chaque étape de la démarche didactique contribue à placer l’élève au cœur d’un apprentissage différencié, progressif et évaluable.

Téléchargez un fichier PowerPoint sur la didactique des courses d’athlétisme en arabe.

Bouton retour en haut de la page

Adblock détecté

Veuillez désactiver votre bloqueur de publicités sur Votre EPS.